« Tu m’as dit je t’aimeJe t’ai dit attendsJ’allais dire prends-moiTu m’as dit vas-t-en »


Dans sa lettre, il était inscrit RDV à 17H30 au 11 rue des Gravilliers.
Dépose dans ton cou quelques gouttes de cet exquis parfum dont toi seule as le secret et attends-moi à la terrasse de l’hôtel.
Les lettres de Jim semblaient toujours très courtes et mystérieuses tout droit sorties d’un roman romantique du XIX siècle.
J’aimais les lire et les relire quand Jules partait travailler, un sentiment à la fois troublant et excitant.
Sa plume me transperçait à chaque lecture, je buvais chaque mot, chaque ponctuation afin de déceler un message caché qu’il n’aurait pas écrit en toutes lettres.
Il avait ce don de faire croire à quiconque qu’il n’y avait qu’une seule vision de la vie, la sienne. Sa perception de l’amour et du rôle qu’il m’attribuait me faisait rêver. Chaque rendez-vous était minutieusement orchestré : le lieu, la façon dont je devais me comporter ou encore le rouge à lèvres que je devais porter.
J’étais sa muse, son actrice qui tenait le premier rôle, sa petite chose qui lui appartenait, toute entière.
Ce sentiment de vivre les choses à 2000 à l’heure sans réfléchir aux conséquences, comme lorsqu’on tombe amoureux, ou à le renverse, de se laisser happer par le tourbillon des sentiments sans frein ni remord.
Jim était ainsi. Un aventurier de l’amour.

Ce jour là, je m’installais à la terrasse encore vierge de tout rendez-vous clandestin. J’étais seule. Je pensais alors à Jules qui allait sortir du travail pour rejoindre son ami Paul au café d’en face.
Je l’imaginais souriant et fier de sa journée accomplie. Je n’arrivais pas à ressentir une once de culpabilité. Non pas que Jules me rendait malheureuse, mais je me sentais tellement vivante aux côtés de Jim.

La bouche en coeur et le minois songeur, je repensais aux belles années aux côtés de Jules, un beau mariage, une certaine innocence de la vie qui se transforma très vite en une routine des plus primaires.

Cela faisait déjà une demi-heure que j’attendais Jim, je repensais alors à cette chanson qu’il avait écrite en pensant à moi une nuit d’hiver. Je me souviens de cette après-midi où il me tendit ce joli texte. Il se pencha sur son piano désaccordé les doigts hésitants et commença à fredonner la mélodie qui me toucha en plein coeur. Le sentiment le plus pur au monde m’envahit toute entière et ne me quitta plus jusqu’à aujourd’hui. Un moment unique, le partage de deux amoureux qui se livrent l’un à l’autre.
Les paroles se bousculèrent dans mon esprit, et les notes dansent encore sur mes lèvres.

Une pluie fine et triste commença à tomber lorsque Guillaume, le maître des lieux me demanda si tout allait bien, si je ne souhaitais pas boire un autre thé en attendant.
Je fis mine de guetter du regard mon rdv et déclinais l’invitation.
Il était 19h30 lorsque la nuit s’empara de l’hôtel et de mon cœur. Les gouttes de pluie perlaient sur le miroir de la terrasse et sur mes joues se mêlant aux gouttes salées de ma tristesse.
La nuit se montrait mystérieuse et sombre, seuls mes yeux et mes bijoux brillaient entre chien et loup.
J’attendis de longues minutes encore dans l’espoir d’apercevoir mon amour.
Mais en vain, cigarette après cigarette, mon espoir partit en fumée dans les escaliers de l’hôtel, Jim ne vint jamais.

C’est quelques années plus tard que je découvris la vérité.
A l’époque, Jules avait surprit mon petit jeu amoureux avec Jim. Il décida d’y mettre un terme en menaçant Jim d’une réputation des plus scabreuses si il continuait de m’envoyer des lettres enflammées.
Plus jamais je ne vis Jim.

Depuis ce jour, chaque année à la même époque, je reçus une courte et mystérieuse lettre avec lieu et heure de rdv, des consignes sur le choix de mes toilettes et de jolis mots doux dignes de poètes les plus romantiques. Des vers remplis de délicatesse, de passion et de folie…

Signés Jules.

Remerciements

Cette Story n'aurait été possible sans l'exceptionnel accueil de l'hôtel Jules et Jim.
Merci aussi à Helles (Bijoux), Balzac Paris (Blouse Vichy, Chaussures, Robe en Jean), Asos (Casquette), Lavish Alice (Pantalon noir).
Crédits : Mathilde Hamon (Make-up Artist), Stephane Tauzy (Coiffure), Antoine Villiers (Photographe).